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Le tourisme alternatif, l'alter tendance

Publié le 17/09/2020 - Par dominique.gruso...

 « Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles » (Christian Bobin, « Tout le monde est occupé »). Assurément. Pour autant, voyager a une vertu que notre environnement proche ne peut nous offrir : celle d’aller à la rencontre de l’autre, cet « alter » et de cultures parfois fort différentes de la nôtre.

Pourquoi se tourner vers cet alter tourisme ?

Pour autant de raisons que le besoin de ralentir ou l’envie de se déconnecter, ou encore celle de sortir des sentiers battus, de découvrir la richesse d’autres cultures ou encore la nécessité de prendre en compte les problématiques de développement durable. Soucieuses de répondre à ces attentes et de se doter d’une « mission » plus large que le simple profit, des entreprises innovent et proposent des solutions alternatives pour transformer la filière tourisme. Par essence, le tourisme alternatif est une forme de tourisme qui s’oppose à toute forme d’uniformisation des prestations de service. Il a, entre autres vocations, celle de valoriser un territoire en proposant des prestations au sein de villages traditionnels, s’efforçant de combiner accueil des visiteurs et perpétuation de leur mode d’existence. Depuis quelques années, l’intérêt pour le tourisme alternatif va croissant. A cela plusieurs raisons : une industrie touristique devenue l’une des premières activités mondiales (1,4 milliard de personnes se sont rendues dans un pays étranger en 2018) ; la croissance de ce secteur connait depuis plusieurs années un essor inédit (sera-t-elle compromise par les effets de la crise sanitaire ?). Le tourisme est d’ailleurs loin d’être la seule activité à connaître d’importantes évolutions ; ce sont aujourd’hui des sociétés entières avec leurs modes de consommation qui se sont également transformées depuis ce début de 21ème siècle. Ces changements ont été induits par des avancées économiques et technologiques, mais aussi grâce à une plus grande sensibilisation aux impacts environnementaux, ce qui a entrainé dans son sillage l’émergence d’autres formes de tourisme dont le tourisme alternatif.

Tourisme alternatif, un tourisme protéiforme
La dénomination de « tourisme durable » recouvre différentes facettes (équitable, solidaire, responsable, social, participatif…). Le tourisme alternatif en fait également partie. L’idée aujourd’hui, étant de ne plus limiter la notion de développement aux seuls enjeux économiques, mais d’intégrer aussi des enjeux sociaux-culturels et environnementaux. Ces variantes reposent au moins sur l’un des trois piliers que représente le tourisme durable : l’environnement, l’aspect social ou l’économie. Entre autres déclinaisons du tourisme alternatif, le « slow tourisme » (« voyage lent »). Celui-ci s’est développé en opposition au tourisme de masse avec cette idée de prendre le temps de la découverte. Selon la direction générale des Entreprises (DGE) du ministère de l’Économie et des Finances, il désigne « des formes de tourisme centrées sur la découverte des patrimoines naturels et culturels, matériels et immatériels du territoire visité, favorisant la rencontre et le partage avec les sociétés rurales et ses habitants et possédant une dimension de sensibilisation au territoire et à ses composantes. Il contribue au bien-être de la population locale et encourage sa participation. ». Le « slow tourisme » est axé sur l’itinérance douce (la marche ou la randonnée pédestre, équestre, le vélo ou le tourisme fluvial). L’Anjou dispose d’une belle offre en la matière. A vélo, citons notre emblématique « La Loire à Vélo » mais aussi les escapades cyclopédiques entre la Manche et l'Atlantique en passant par Angers, avec la Vélo Francette® ; à pieds, l’observation de la faune et la flore des Basses Vallées angevines ; sur l’eau ; les échappée en toues, gabares et les croisières sur la Loire….

Autre variante du tourisme alternatif, l’écotourisme (ou « tourisme durable et responsable »), défini par l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) comme « un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil ». Il comporte donc deux volets : celui de la préservation de l’environnement et de la biodiversité et celui de la protection des populations locales. Il s’applique à toutes les branches de l’industrie du tourisme et contribue aux enjeux du développement durable. Cette forme de tourisme est reconnue à travers différents labels et associations (Ecolabels européens, Pavillon Bleu, la Clef Verte…). Depuis quelques temps, les Gîtes de France ont développé une marque (Ecogîtes) garantissant la qualité environnementale des hébergements Gîtes de France. Cette démarche est actuellement mise en oeuvre au sein des Gîtes de France en Pays-de-la-Loire. En Anjou, les gîtes de « La Musardière » (Saint-Jean-des-Mauvrets) et de « Les Belles époques » (Saint-Germain-sur-Moine) sont labellisés Ecogîtes. Ils respectent certains critères environnementaux dont, entre autres, l’intégration de l'hébergement dans son environnement et son site, l’utilisation de matériaux locaux et sains dans la réalisation de l'hébergement…Parmi les acteurs du tourisme durable, « Acteurs du tourisme durable » (ATD) est le premier réseau national BtoB visant à faire évoluer le secteur vers un développement durable du tourisme. L’écotourisme représente une opportunité pour les entrepreneurs et de nombreux professionnels du secteur (campings, agences de voyage, maisons d’hôtes) s’en inspirent pour se transformer et s’adapter aux nouvelles attentes des touristes.

Quant au tourisme solidaire, il a pour principe de mettre l’homme, la rencontre et le partage au centre du voyage, dans une logique de développement des territoires. Il peut comporter un volet équitable avec la volonté d’assurer une rémunération plus juste des populations locales. Créée en 2006, l’Association pour le tourisme équitable et solidaire (ATES) propose un label pour évaluer les pratiques des opérateurs de voyages équitables et solidaires. L’ATES (reconnue au niveau national et international comme organisation de référence du tourisme équitable et solidaire) regroupe plus de 30 producteurs de voyages, des opérateurs de tourisme en France et des membres associés, tous engagés pour faire du tourisme un levier de développement et de solidarité avec les populations et acteurs locaux. L’ATES définit, anime et délivre le Label Tourisme Équitable® qui garantit les pratiques des opérateurs dans le respect de la Charte du Tourisme Equitable et Solidaire.

« Le tourisme alternatif ne peut s’envisager que dans une logique de complémentarité »
Pour Sylvine Pickel-Chevalier, Maître de conférences en géographie à l'ESTHUA (*), le terme de tourisme alternatif pose question. « On oppose souvent le tourisme alternatif au tourisme de masse, ce dernier ayant une connotation plutôt péjorative. Etre dans une perspective du tout ou rien est une erreur. Si le tourisme alternatif est vecteur de développement durable, le tourisme de masse n’a d’autre choix aujourd’hui que de s’adapter à ces nouveaux enjeux. Le tourisme alternatif ne peut s’envisager que dans une logique de complémentarité. Pour qu’il puisse permettre à des villages de vivre de cette manne touristique, il est indispensable qu’il existe des flux d’attraction, non loin de périphéries urbaines ». Sylvine Pickel-Chevalier cite Bali qu’elle connait bien. « Ces villages vivent du tourisme grâce à cet important flux touristique ».  En Indonésie, comme l’explique Sylvine Pickel-Chevalier, pour que le tourisme durable puisse se développer, les initiatives doivent reposer sur l’implication des populations locales, travaillant de concert avec des acteurs extérieurs, régionaux, nationaux ou internationaux. Un tourisme de proximité et durable qui peut parfois se trouver renforcé par des labels. Ainsi le gouvernement indonésien a-t-il crée un label s’appuyant sur des critères sélectifs et qualitatifs. « Les « candidat s» doivent démontrer que leur village a une singularité. Cela leur permet de réinventer leur identité, leur spécificité. Mais, seule, la volonté de ces villages ne pourrait rien. C’est tout un éco-système qui doit s’organiser. Le principe est aussi valable en France. « Il est essentiel que les grands pôles touristiques entrent dans une démarche de développement durable car ce sont eux qui créent des emplois. Toutefois, il n’existe pas un seul modèle de tourisme alternatif. Le tourisme alternatif est avant tout pluriel, du fait d’une grande diversité culturelle, sociale, politique… ». Par ailleurs, la notion de tourisme alternatif ne s’appuie pas sur les mêmes principes selon le lieu où l’on se trouve. « En Occident, lorsque l’on parle « tourisme alternatif », on pense « environnement » car c’est précisément sur cet aspect que nous nous sentons menacés. De la même façon, lorsque l’on lit la charte d’engagement d’un groupe comme Accor, il est surtout fait mention d’environnement. Peu de social ». Pas en Indonésie, où ce qui prévaut est d’abord le critère social. L’environnement est traditionnellement moins pris en compte dans les villages. Toutefois cette sensibilité à l’environnement progresse ». Un tourisme dit alternatif peut-il être compatible avec une forme de « rentabilité », de viabilité économique ? Pour Sylvine Pickel-Chevalier, c’est possible. Pour ce faire, il est indispensable qu’il y ait un juste équilibre entre ces trois pré-requis : conservation, adaptation, innovation.

Bien qu’encore marginal face au tourisme de masse, le tourisme alternatif bénéficie d’un intérêt grandissant qui s’illustre à travers de nombreux forums internationaux, des ouvrages, des articles, des sites internet, des salons consacrés à cette thématique. Ainsi, depuis les années 80, de plus en plus d’institutions offrent des possibilités de tourisme diversifiées telles que l’ethnotourisme, l’écotourisme, le tourisme responsable, le tourisme communautaire, le tourisme interculturel, le tourisme solidaire… Si le consensus fait encore défaut quant à sa définition, cela n’obère en rien son développement déjà bien engagé.

 

Marianne Bourgeois
Anjou Eco n°60 - septembre 2020

(*) : Esthua Études Supérieures du Tourisme et de l'Hôtellerie de l'Université d'Angers. Sylvine Pickel-Chevalier est aussi membre du laboratoire ESO (Espaces et Sociétés).

 

 

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Créé en 2017, le Slow Tourisme Lab œuvre pour l’innovation touristique dans les zones rurales en accompagnant les startups dans leur développement, les touristes dans leur recherche d’expériences singulières, les professionnels du tourisme dans leur adaptation à de nouvelles tendances comme le slow tourisme, le tourisme solidaire et responsable ou le tourisme digital.

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