Apprentissage - formation

La formation du chef d’entreprise : un parcours mieux balisé qu’on ne le croit

Publié le 20/05/2021 - Par dominique.gruso...

On ne devient pas chef d’entreprise par hasard. Cela peut être l’aboutissement d’un projet personnel longuement mûri, le fruit d’une rencontre qui ouvre une opportunité, la poursuite d’une affaire familiale avec tout l’attachement affectif que cela représente… Autant d’histoires singulières, et autant de femmes et d’hommes confrontés, au moment de « sauter le pas », à la question de la formation : comment acquérir les connaissances techniques, managériales, financières ou juridiques qui me manquent encore et me permettront d’être un pilote efficace ?
Qu’il s’agisse de découvrir un secteur d’activité ou de prendre de nouvelles responsabilités, la formation est indispensable tout au long du parcours du dirigeant, autant pour faire évoluer son entreprise que pour éviter certaines erreurs. Mais quand on a déjà « le nez dans le guidon », que l’on est absorbé par l’opérationnel ou par la préparation de son projet de création ou de reprise, la formation peut apparaître comme une contrainte supplémentaire, pour laquelle il va falloir trouver du temps et un budget. D’autant que la multitude des organismes et la complexité des aides ne facilitent pas le passage à l’acte. La première question est donc : vers qui se tourner ?

En amont, réviser ou acquérir les bases essentielles
Cette question, l’association Cédants et Repreneurs d’Affaires (CRA) y répond depuis 1985. Acteur incontournable de la transmission d’entreprise, le CRA propose à tout porteur de projet de création ou de reprise d’entreprise de suivre des stages qui leur permettront de réviser ou d’acquérir les fondamentaux. Sur une période condensée d’une à trois semaines, la plupart des thèmes auxquels sera confronté le dirigeant sont passés en revue : management, comptabilité, organisation, propriété intellectuelle… Animées par des experts en situation professionnelle, ces sessions regroupent des stagiaires d’horizons divers afin de favoriser les échanges enrichissants. « Ce programme m’a été très utile, témoigne Claudie de Vernon, PDG de Tolectro à Segréen-Anjou. Au cours de ma carrière salariée dans un grand groupe industriel, j’avais reçu plusieurs formations dans le cadre de mon évolution professionnelle. Mais lorsque je me suis lancée dans un projet de reprise, j’ai éprouvé le besoin d’une « mise à niveau » à la fois globale et concrète, cohérente avec les réalités du chef d’entreprise. J’ai donc suivi cette formation durant la phase de recherche, qui a duré 18 mois. C’est pour moi une étape incontournable dans la préparation, si l’on souhaite acquérir les bases nécessaires. »

Approfondir la préparation
Pour les futurs chefs d’entreprise qui désirent se préparer de façon plus approfondie, le réseau national des CCI a créé l’École Des Managers. Ce programme régional, localisé à Laval pour les Pays de la Loire, propose une formation diplômante de 350 heures au cours de laquelle chaque participant abordera les différents aspects de son projet. « Notre ambition, explique Benjamin Havard, chargé des relations commerciales au Campus CCI Mayenne, est de participer au succès de leur entreprise en leur apportant des outils concrets et de l’intelligence collective issue de leurs échanges. Le projet entrepreneurial est parcouru dans son ensemble, à travers quatre blocs de formation : stratégie de l’entreprise, organisation opérationnelle, gestion financière et juridique, et enfin pilotage dans la durée et gestion de la croissance. »
Assez impliquant, le programme s’étale sur sept à huit mois, à raison de cinq à six jours par mois. Il s’adresse à des futurs repreneurs, nouveaux dirigeants ou créateurs dont le projet est déjà bien avancé afin de pouvoir travailler sur des éléments concrets. À l’issue de la formation, une évaluation personnalisée sous forme de mise en situation, de création de livrables opérationnels et d’une soutenance devant un jury, permet d’obtenir le diplôme de Chef d’entreprise - développeur de PME, de niveau Bac +3 et reconnu par l’État. Valorisant pour le candidat, et surtout valorisable auprès des partenaires de l’entreprise !
« Reprendre une entreprise, ça ne s’improvise pas ! raconte Yoann Mène, Directeur général du groupe familial de mécanique de précision à Bonchamp-les-Laval. Lorsque je l’ai repris en 2019, le groupe Mène comptait 70 personnes réparties sur quatre entités, c’est une grande responsabilité vis-à-vis des salariés et de leurs familles, vis-à-vis aussi du patrimoine familial. Il vaut mieux prendre le temps et arriver bien préparé ! Pour moi qui ne venais pas du secteur industriel, le parcours de l’EDM a été extrêmement constructif et rassurant. C’est sérieux, factuel, professionnel, et travailler sur son propre cas permet de se sentir bien armé à la sortie. Les tableaux de bord que j’ai mis en place à l’époque me servent encore aujourd’hui. J’ai particulièrement apprécié les échanges avec les autres porteurs de projet, avec qui nous restons en réseau. »
Depuis sa création en 1987, l’EDM de Laval a ainsi formé 41 promotions représentant 400 chefs d’entreprise. « Nous voyons aujourd’hui venir les enfants des dirigeants formés il y a 20 ou 30 ans, s’amuse Benjamin Havard. Preuve que la formule est efficace, 95 % des entreprises créées ou reprises par d’anciens élèves sont encore en activité cinq ans après, contre une moyenne nationale de 50 %. »

Améliorer des aspects précis
Une fois l’entreprise créée ou reprise, se pose rapidement la question de sa performance et de son développement. Avec bien souvent le constat de manques ou de déficits sur des points bien précis, comme la démarche commerciale ou l’organisation interne. Pour y répondre, la CCI des Pays de la Loire a créé au début des années 2000 le dispositif DINAMIC (devenu DINAMIC+ en 2021*) : l’appui de consultants spécialisés, associé à un ensemble de modules thématiques de formation, agencés sur-mesure de façon à répondre aux besoins de chaque entreprise.
« Il s’agit d’un accompagnement des équipes et pas spécifiquement du dirigeant, précise Laurence Bouton, conseillère Développement - Finances -DINAMIC+ à la CCI de Maine-et-Loire. L’idée est de combiner 21 demi-journées d’accompagnement par un consultant et 20 jours de formation destinés aux équipes, pour atteindre les objectifs définis au départ. Cela passe par un diagnostic initial, la mise en place de plans d’action avec un plan de formation très structuré et la définition d’objectifs mesurables. »
Ce dispositif adaptable, pris en charge à hauteur de 70 % environ (Région, État, Europe, CCI), comprend des modules sur la performance interne (stratégie, coût, délais, qualité), le développement commercial, mais aussi un module « Rebond », plus court, pour aider les entreprises confrontées à des difficultés conjoncturelles à rebondir rapidement, et plus récemment « Industrie du futur » et « Design, marketing de l’offre ». Plus de 1 500 entreprises régionales ont été ainsi accompagnées depuis la création du dispositif en 2007, et environ 130 nouvelles le sont chaque année, dont une quarantaine en Maine-et-Loire.
Parmi elles, la société Stim Fluide, à Trélazé, reprise en 2018 par Damien Foucher et son épouse Christelle. « Durant les trois premières années, indique Damien Foucher, nous avons fortement développé l’entreprise, mais cette montée en puissance a révélé certaines limites dans l’organisation et le suivi des chantiers. Nous avons donc déclenché un programme DINAMIC+ Rebond, afin de faire évoluer notre organisation managériale. Nous travaillons actuellement avec le consultant pour réviser et solidifier nos fondations. Tous les collaborateurs seront impliqués dans le plan de formation. »
Claudie de Vernon a également fait appel à DINAMIC pour Tolectro : « En préparant la reprise, j’avais identifié le besoin de travailler sur la partie commerciale, c’est pourquoi j’ai fait appel à DINAMIC dès mon arrivée à la tête de l’entreprise. Avec l’aide du coach, nous avons défini les modules nécessaires, suivis par toute l’équipe commerciale pendant un an, avec des exercices pratiques sur nos propres réalités et données. Outre l’augmentation des compétences, ce travail a permis de formaliser les bonnes pratiques, de créer des outils et de consolider notre approche. Le coaching m’a aussi apporté une vision plus consciente de ma posture de chef d’entreprise. »
Il arrive aussi que la transition soit imposée par les événements et ne puisse pas être confortablement anticipée. Ce fut le cas pour Yohann Prézelin, Directeur général de la société Guérin Préfabrication, fabricante de parpaings, blocs béton et préfabrication lourde à Gennes. Petit-fils des fondateurs, il a dû après le décès brutal de son père passer d’un poste purement opérationnel à un poste de direction. « Nous cherchions une formation pour m’aider dans cette évolution, et nous avons découvert DINAMIC. Cela a duré trois ans. Le consultant est allé très loin, avec lui nous avons remis à plat tous les outils de pilotage financier de l’entreprise, coûts de production, chiffre d’affaires, etc. Plus qu’un accompagnement, je parlerais d’un remaniement pour bâtir de nouvelles fondations. Depuis, nous cumulons les investissements pour honorer les commandes de nos clients. Nous avançons avec un chiffre d’affaires en constante évolution. »

Et après ? Ne pas rester seul 
De l’avis général, le « métier » de chef d’entreprise s’apprend dans la durée et met en œuvre des compétences qui vont bien au-delà des aspects techniques et managériaux. Cela s’apparente davantage à la recherche d’un équilibre global personnel et professionnel, qu’il faut savoir entretenir malgré le rythme et le stress. « Le chef d’entreprise court toujours après le temps et craint d’en manquer, confirme Laurence Bouton. Pourtant, le plus grand danger est de s’isoler et de se couper du monde. C’est pourquoi nous les incitons toujours à échanger et continuer à se former à travers les réseaux d’entrepreneurs. Le temps consacré à un réseau n’est jamais improductif ni inutile. » Ainsi le CJD, qui compte 12 sections et 727 adhérents en Pays de la Loire, dont 161 en Maine-et-Loire, considère la formation comme l’un de ses piliers : « Le CJD est avant tout un lieu où le chef d’entreprise peut rompre son isolement, explique Arnaud Granger, co-président de la section d’Angers, et continuer à apprendre dans un environnement bienveillant, avec des pairs qui partagent ses problématiques. Nous organisons quatre forums par an, totalisant 60 formations. Chacun sélectionne ce qui l’intéresse parmi les thématiques concernant les aspects pratiques de la vie du chef d’entreprise, mais aussi le développement personnel. Certaines formations vont assez loin dans la posture du dirigeant, et parfois cela secoue un peu… mais les bénéfices sont exceptionnels. L’idée est de se remettre en question dans son rôle de patron, afin de progresser en permanence. »
Même discours du côté de l’APM, qui place la pédagogie au service du progrès du dirigeant, et donc de son entreprise. Cette association réservée aux dirigeants d’entreprises de plus de 10 salariés a référencé 400 experts qui interviennent partout en France, à la demande des clubs locaux (ils sont sept en Maineet-Loire : quatre à Angers et trois à Cholet) pour leur proposer des formations souvent interactives, dans l’esprit de masterclass. « Ces rencontres sont toujours très riches d’enseignements, raconte Florence CanlerGrimonprez, référente régionale des clubs APM Centre Val de Loire. Nous avons construit un modèle pédagogique unique, qui amène les participants à effectuer un réel cheminement personnel, à modifier leur regard sur le monde qui les entoure et sur leur rôle de dirigeant. Pour citer l’une d’entre eux, « cela va au-delà de la formation, c’est un outil de transformation ! »
On le voit donc, les solutions ne manquent pas pour accompagner le dirigeant dans l’acquisition, l’amélioration et l’approfondissement de ses compétences. À condition de respecter deux précautions fondamentales : s’orienter vers des structures fiables, et ne pas rester seul.

Christophe de Bourmont
Anjou Eco n°63 - mai 2021

* Depuis début 2021, suite à un partenariat avec BPI France donnant accès à de l’e-learning, le dispositif a été rebaptisé Dinamic+.

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La CCI propose plusieurs formations pour les chefs d’entreprises :

• « Diriger en PME-PMI : l’entreprise et son projet » (Développer ses compétences de chef d’entreprise)

• Nos formations qualifiantes à la création/reprise : « Parcours Entrepreneur » (formation cofinancée par la Région des Pays de la Loire et l’Union Européenne - FSE)

Contact CCI :
Emmanuelle Taunay
02 41 20 49 59
formation.continue@maineetloire.cci.fr

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Bac Professionnel TISEC Technicien en Installation des Systèmes Energétiques et Climatiques
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